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Tout commence autour d’une table. Une vaste table de réunion dans une salle du Pôle de Santé prévue à cet effet. Une grande salle, une table centrale, une quinzaine de personnes assises autour. Un écran sur un mur projette des nombres et des pourcentages. Il est alors question d’un départ à la retraite et donc d’une répartition de parts de société à racheter. Une discussion qui dans d’autres situations pourrait être rapidement tendue, voire conflictuelle. Tout se passe avec simplicité. Mais c’est sans compter ce point noir à l’ordre du jour, le marronnier officiel des réunions de sociétaires ou des temps de convivialité méridienne : les hirondelles.
Si elles ne font pas le printemps, elles font couler beaucoup de salive. Il ne s’agit d’ailleurs pas tant des hirondelles que de leurs refuges. Car depuis plusieurs années, au retour de leur migration, elles viennent nicher sous nos fenêtres. Ces volatiles indifférents à la ronde incessante des voitures sur le parking ont pris le pli de venir s’installer chez nous. Les trilles délicates de ces gracieux aéronautes ne suffisent cependant pas à contre-balancer le désagrément visuel laissé par les fientes de leur progéniture. Point de friction au sein d’un collectif professionnel plutôt bien huilé. Les arguments habituels fusent. On ne peut pas détruire les nids mais personne ne nettoie les fientes. On peut bricoler des dispositifs mais personne ne s’y atèle. Un nouveau statu quo stérile semble se profiler, gelant toutes tentatives d’évolution. L’inertie décisionnelle semble avoir encore gagné.
C’est alors qu’une idée lumineuse a germé de l’intelligence collective : nous avons besoin d’un médiateur. Nous avons besoin d’un tiers extérieur qui explorerait nos ambivalences, apporterait de l’information et nous aiderait à prendre une décision acceptée par tous.
Réaliser une enquête auprès des professionnels concernés pour connaître leur niveau de connaissance sur un sujet délicat touchant à la fois à l’écologie mais aussi à la notion de biens et de propriété. Explorer différentes ressources auprès d’organismes gouvernementaux ou associatifs référents dans le but de brosser le cadre légal qui protège ces espèces et encadre la gestion de leurs nids en fonction de la saison. Cartographier dans le bourg les principales zones de nidation des hirondelles et mettre en évidence une tendance à la destruction plus ou moins assumée de ces espaces de vie protégés. Élaborer un prototype de caisse à fientes qui pourrait satisfaire la majorité en combinant praticité et esthétique. Présenter une synthèse auprès des professionnels intéressés et les amener en moins d’une heure à adopter un consensus sur un sujet autour duquel ils tournent depuis des années. C’est le travail colossal imaginé et réalisé en 2025 par Lilas Rouillère, étudiante en BTS Concertation territoriale. Ce qui a commencé autour d’une table s’est terminé autour du table. D’un dissensus mou à l’inertie patente a émergé un consensus fort, fédérateur, enthousiaste. Bien des enseignements mériteraient d’être tirés de cette parenthèse ornithologique. Dans cette fable moderne où les enjeux écologiques frappent de plein fouet les habitudes ancrées dans l’immobilisme du quotidien, l’étudiante a su trouver un terrain d’entente entre les hirondelles et les sociétaires. Bravo à elle.